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Entretien avec Daniel Meurois
(Mars 2001)

ESSANIA : Comme tous tes fidèles lecteurs, nous attendons avec impatience la sortie de ton dernier livre "Louis du Désert". Pourrais-tu nous en dire quelques mots ?

Daniel Meurois : "Louis du Désert" sera incontestablement un livre bien différent de tous ceux que j'ai rédigés jusqu'à présent. Peut-être déconcertant pour nombre de mes lecteurs. Ce ne sont pas du tout les propos d'un Maître de sagesse qui y sont rapportés, ni des paroles toutes prêtes à être encadrées. Il s'agit de la quête exigeante d'un homme à la recherche de l'absolu, dans ses questionnements, ses erreurs, ses élans, son mysticisme et ses côtés humains de tous les jours. C'est une sorte de reportage, vu de l'intérieur, consacré à une figure exceptionnelle de notre histoire médiévale, une figure qui a sans cesse pour but de nous éclairer sur
nous-mêmes, sur nos véritables motivations et sur la nature complexe de notre être. Il ne s'agit donc pas d'un livre d'Histoire au sens premier du texte mais d'un témoignage qui parle de notre histoire humaine, à tous, dans nos périgrinations. C'est aussi un récit sur le conditionnement... et le déconditionnement. La matière était si abondante dans le cas de Saint Louis que la seule solution était de traiter le sujet en deux tomes qui paraîtront à environ un mois d'intervalle, cet automne (2001). Un enseignement y sera délivré en filigrane que seuls parviendront à bien saisir, je crois, ceux qui n'en resteront pas à la surface des pages.

E. : Quand on lit "De Mémoire d'Essénien" ou encore "La Demeure du Rayonnant", on a l'impression que les problèmes liés à l'intolérance et au dogmatisme qui ont été vécus dans ces époques lointaines, touchent notre civilisation actuelle de la même manière. Qu'en penses-tu ?

D. M. : L'intolérance et le dogmatisme sont véritablement des sortes de maladies chroniques qui ont suivi l'être humain dans toute son histoire, jusqu'à présent. Le problème c'est que l'on a toujours la sensation que cela appartient essentiellement au passé ou alors aux autres cultures contemporaines. Comme disait déjà Montaigne, l'hérésie et l'intolérance sont toujours au delà de nos frontières. Nous ne sommes jamais concernés puisque, là où nous naissons, se trouve forcément la vérité, même si nous nous en défendons.
Relativement à mes propres témoignages, je peux dire que nous ne sommes guère différents des hommes d'il y a 3500 ou 2000 ans dans la plupart de nos comportements. Quant au dogmatisme, qui se manifeste partout et sous des formes extrêmement variées, je le vois vraiment comme le résultat d'une peur inconsciente. C'est un rempart que l'on élève pour se protéger d'éventuelles autres idées qui pourraient peut-être, sait-on jamais, nous déstabiliser..
C'est aussi évidemment un instrument habilement exploité par beaucoup afin de mieux dominer les esprits en les infantilisant. C'est la façon classique d'asseoir un besoin de pouvoir.
À mon avis, on trouve le dogmatisme à tous les niveaux de la vie et dans tous les milieux. Cela va de la politique à la religion, bien sûr, mais on le trouve aussi plus subtilement dans l'art, dans l'alimentation... et étonnamment aussi dans ce courant de pensée que l'on appelle globalement "nouvel-âge".

E. : Notre monde est de plus en plus touché par les catastrophes naturelles. Certains disent que l'humanité est en train de "payer son karma", d'autres encore parlent des cycles naturels de la Terre, d'autres encore de son éthérisation, etc... Peut-on dire, en fait, qu'il y a un peu de tout cela ?

D.M. : Je pense effectivement que c'est un peu tout cela à la fois. Nous en sommes à une croisée des chemins à un niveau individuel, collectif, tout en même temps que la Terre et le système cosmique dans lequel elle est inclue, sont également amenés à passer à une autre étape. Nous vivons à l'époque d'une grande convergeance qui est l'occasion d'une énorme série de tests personnels et globaux.
À ce propos, je pense qu'il faut être circonspect lorsqu'on utilise terme de Karma car celui-ci n'est généralement compris que dans son sens négatif. La notion de"payer" quelque chose est, à mon avis, un peu simpliste et culpabilisante. Le Karma appelle aussi tout ce que nous avons semé de beau... Nous le fabriquons à chaque seconde de notre vie...

E. : D'après les prophéties (1) faites par un vieux sage apache en 1920 , c'est au moment où l'on verrait ces diverses catastrophes qui nous touchent aujourd'hui (grande mer d'ordures flottantes, de pétrole et de poissons morts, soulèvements de la Terre, violentes tempêtes, forêts couchées en train de mourir, etc...), bref c'est là que l' "on ne pourra plus guérir la Terre sur le plan physique et seule une guérison spirituelle pourra changer le cours des avenirs probables de l'humanité". Et quand on regarde les actualités, on voit bien que ceux qui essaient de réparer les dégâts font face à d'énormes difficultés. Penses-tu que nous soyons réellement entrés dans une phase où nous ne pouvons plus résoudre nos problèmes matériellement ?

D.M. : Je suis absolument convaincu que des moyens matériels, financiers et technologiques, ne peuvent suffire à "désintoxiquer" notre planète et sa population. La racine du problème qui assassine littéralement notre monde aujourd'hui se trouve au niveau de notre conscience et de notre coeur.
Il est évidemment nécessaire de disposer de moyens matériels importants... mais ceux-ci ne sont qu'un emplâtre si rien n'est entrepris pour une vision différente de l'univers, de la vie et de nos rapports avec eux. La question est fondamentalement d'ordre spirituel, cependant, j'hésite toujours à utiliser ce terme qui est de plus en plus galvaudé, sali et détourné de son sens premier. Le "spirituel" est bien différent du "religieux". Il est infiniment plus ouvert et c'est cela que les actuels dirigeants de la planète ne veulent pas, entre autre, que nous comprenions. On pourrait en parler longuement !

E. : Sur Essania, il y a maintenant une page consacrée à la Méditation du Pissenlit, dans l'espoir de créer un réseau pour qu'à chaque heure quelqu'un, dans une partie du monde, fasse cette méditation. Pourrais-tu apporter quelques conseils utiles pour ceux qui y participeront ?

D.M. : La "méditation du Pissenlit" telle que je l'ai retranscrite est, je crois, assez complète en elle-même. Je peux toutefois insister sur la nécessité, lorsqu'on la pratique, de cultiver un sentiment de communion accru avec l'ensemble de notre monde. La communion sous-entend une circulation de l'amour dans toutes les directions. Dans la "méditation du Pissenlit", par notre attitude d'émission, on a peut-être tendance à oublier que l'on reçoit en retour ce que l'on sème...

E. : Merci d'avoir pris le temps de répondre à ces question et merci pour tous ces ouvrages qui sont, pour beaucoup d'entre nous, des oeuvres de bienfaisance !

(1) Voir NEXUS MAGAZINE N°7 (http://www.nexus.fr)

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